Cent ans après « Sous le soleil de Satan », le combat spirituel n’a rien perdu de son actualité
Georges Bernanos, auteur célèbre pour son roman Sous le soleil de Satan, il est l'une des figures marquantes de la littérature française du XXe siècle. À l'occasion du centenaire de sa publication, neuf auteurs se sont réunis pour rendre hommage à cette œuvre, dans l’ouvrage collectif Un jour, le diable. Sébastien Lapaque, journaliste au Figaro, explore en quoi le combat spirituel est une part du quotidien de chacun, même du Christ.

Centième anniversaire pour le premier roman de George Bernanos. Publié en 1926, Sous le soleil de Satan expose la lutte entre le bien et le mal, la tentation et les tourments spirituels d’un prêtre, l’abbé Donissan. Combats auxquels chacun d’entre nous est confronté régulièrement.
Inspiré par saint Jean-Marie Vianney
C’est dans les tranchées, durant la Première Guerre mondiale, que George Bernanos a pris l’habitude de méditer les psaumes. Avec le petit office des Oblats, qu’un bénédictin lui a conseillé, il prend conscience du combat entre l’être humain et les ténèbres. Le diable, selon George Bernanos, nous est présent en permanence. Dans son premier roman, le diable est présenté comme un être humain, quelqu’un qui nous est proche. Peut-être même un peu trop. L’histoire de la figure principale de ce roman, l’abbé Donissan, est inspirée d’un célèbre saint français : Jean-Marie Vianney. Plus connu sous le nom du « curé d’Ars« , ce dernier a exercé son ministère sacerdotal pendant près de quarante ans à Ars-sur-Formans, près de Lyon. Ce dernier partage avec le personnage de Bernanos, l’origine paysanne, l’ascétisme extrême et les affrontements mystiques avec Satan. Les deux prêtres excellent dans la confession grâce à une lucidité surnaturelle pour lire les âmes des pécheurs, et mènent une lutte corps à corps contre le démon, marqué par des pénitences rigoureuses. Cependant, l’abbé Donissan n’incarne pas une biographie de saint Jean-Marie Vianney. Cette inspiration souligne chez Bernanos la réflexion sur le mystère du sacerdoce, hanté par le mal et la grâce parfois obtenue dans la souffrance.
La tentation du miracle
« Satan lui-même se déguise en ange de lumière ». Ces mots de saint Paul, adressés aux Corinthiens, sont toujours pertinents aujourd’hui. Pour rédiger sa contribution dans Un jour, le diable, Sébastien Lapaque explique qu’il a utilisé un passage de l’évangile comme « grille de lecture » pour Sous le soleil de Satan. Au début du chapitre 4 de l’évangile selon saint Matthieu, le Christ est « conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ». Les différentes tentations que le diable essaye de soumettre à Jésus ont une forme de gradation. Selon Sébastien Lapaque, la « tentation principale » à laquelle Jésus est exposé est celle du « miracle » : le diable lui propose de prouver son identité divine en transformant des pierres en pain. Il y fait un parallèle avec l’abbé Donissan. Pour le personnage de Bernanos, « sa tentation du miracle » est de vouloir ressusciter un enfant mort, dans le but de l’arracher aux griffes du diable. « Le prêtre est tenté de faire un miracle pour se prouver sa sainteté. De même que Jésus a été tenté par le diable de faire des miracles pour prouver sa divinité« , résume Sébastien Lapaque. Avec une approche littéraire intrigante, parfois dérangeante et une profondeur théologique significative, Georges Bernanos offre une perspective unique sur le diable et l’humanité. Son œuvre, bien qu’écrite il y a un siècle, reste un phare dans l’exploration des thèmes du bien et du mal. Ce livre permet de mettre des mots sur des combats que beaucoup vivent au quotidien. Celui d’une âme qui cherche encore la Vérité, ou d’une autre qui l’a déjà rencontrée mais lutte avec elle-même. Relire l’œuvre de Bernanos aujourd’hui permet de réfléchir à la nature de la tentation et de la sainteté, et prendre conscience du fait que le Mal, grâce au triomphe du Christ, a déjà été vaincu.
Mars 1926. Au cœur de l’insouciance des Années folles, un livre fait l’effet d’une déflagration. Son titre : Sous le soleil de Satan. Son auteur : Georges Bernanos. Le jeune écrivain ose réveiller une figure oubliée, endormie depuis des décennies : le Diable. Non un diable d’opérette, mais un démon de chair, violent et dévastateur. Un siècle plus tard, alors que Satan a fait siens les univers du cinéma, de la bande dessinée et de la musique, on peut s’interroger : qu’est devenue, en littérature, la figure du Diable ?
Pour répondre à cette question, neuf écrivains contemporains ont imaginé le grand retour du Malin, le faisant surgir là où on l’attend le moins : dans une boutique de chaussures pour femmes, sur les plages de Flandre ou sous les projecteurs de la jet-set de Los Angeles… Tour à tour créature maléfique, homme charismatique et femme enchanteresse, le Démon adopte mille visages pour séduire et tromper sa proie, usant de tous les artifices pour parvenir à ses fins.
Cent ans après Sous le soleil de Satan, le Diable continue de hanter les imaginaires : ces nouvelles infernales où l’horreur le dispute à l’humour et à l’érotisme en sont la preuve irrésistible.
Préface de François Angelier, journaliste et producteur de radio. Pour ce recueil, il a réuni neuf auteurs d’horizons divers : Christophe Bier, Nicolas Chemla, Jennifer Kerner, Sébastien Lapaque, Caroline De Mulder, Bernard Quiriny, Jean de Saint-Cheron, Esther Teillard et Fanny Wallendorf.
« Le diable est ici protéiforme. […] Attisé avec fougue par les plumes noires de notre temps, le soleil de Satan n’est pas près de s’éteindre. » Élise Lépine, Le Point


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