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Pourquoi les films d’exorcisme fascinent-ils autant ?

Dernier volet de « Conjuring »

Jeanne Hatier, publié le 26 septembre 2025 sur le site de La Croix

Le quatrième et dernier volet de la saga, sorti le 10 septembre en France, a battu des records aux États-Unis. Il s’inscrit dans la lignée des films d’horreur, mettant en scène des exorcismes, avec des références chrétiennes, qui connaissent un fort engouement du public.Offrir l’article

Déjà plus d’un 1,6 million de spectateurs en France pour le quatrième et dernier volet, « L’heure du jugement », de la saga Conjuring, qui suit les mésaventures d’un couple de médiums chasseurs de fantômes, sorti le 10 septembre. Dans chacun des films, Ed et Lorraine Warren se livrent à de spectaculaires exorcismes. Cette saga d’horreur est la plus lucrative de l’histoire du cinéma avec plus de 2,3 milliards de dollars (2 milliards d’euros) de recettes au total. Depuis l’Exorciste (1973), les films autour de ces thèmes se multiplient. Pourquoi les films d’horreur centrés sur l’exorcisme fascinent-ils autant ?

« Quand les spectateurs ont le sentiment que ce qu’ils voient est vraiment arrivé, ils en redemandent, explique Stéphanie Belpêche, journaliste et critique de cinéma. Que l’on soit religieux ou pas, les films d’exorcismes engagent nos croyances les plus intimes ». Pour avoir rencontré les acteurs des films Conjuring, mais aussi le réalisateur de l’Exorciste, William Friedkin, elle sait et témoigne de l’attention portée au réalisme. « Les acteurs de Conjuring, qui ne sont pas tous croyants, portent tous sur eux une gourmette protectrice offerte par la fille des vrais Ed et Lorraine Warren. »

Fascination pour l’extraordinaire

« Ce qui fascine nos contemporains dans l’exorcisme, ce sont d’abord les phénomènes comme la lévitation, la voix qui change, la force démesurée… autant de signes qui interrogent parce qu’ils relèvent de l’extraordinaire », note Jean-François Meuriot, prêtre des Missions étrangères de Paris et directeur de l’Institut de sciences et théologie des religions de Marseille, spécialiste des nouvelles spiritualités. Il voit dans l’attrait vers les films de possession « le signe que le public sait qu’il existe un monde intérieur inconnu et que ce qui est” dedans” peut aussi sortir” dehors” ». « L’exorcisme se situe ainsi à un carrefour entre intérieur et extérieur, d’où ce sentiment ambivalent : à la fois peur et fascination », poursuit-il. Le film d’exorcisme peut être une forme de catharsis de ce que ressentent certains spectateurs.

Le père Pascal Ide, enseignant au Collège des Bernardins et critique de cinéma, y voit « un besoin d’expliquer l’origine du mal ». « C’est ce qu’atteste, chez les jeunes et les moins jeunes, l’explosion du complotisme qui est une manière simpliste d’expliquer d’où vient la violence, continue-t-il. Quand la raison scientifique prétend tout expliquer, quand elle vide le religieux, le spirituel, le théologique par la porte, ils rentrent par la fenêtre, et parfois de manière sauvage. Comme l’a montré le romancier et essayiste Philippe Muray, ce même siècle voit paradoxalement le triomphe simultané de la science et du spiritisme… »

Pour le père Jean-Christophe Thibault, prêtre du diocèse de Metz et ancien adepte de l’occultisme, « la fascination pour l’exorcisme s’inscrit dans un climat d’angoisse existentielle : peur de l’avenir, sentiment d’oppression, anxiété écologique ou politique ». La situation politique contribuerait aussi à l’angoisse, mais aussi la volonté de se déresponsabiliser : « on a du mal à accepter qu’on soit éventuellement responsable de ce qui ne va pas dans notre vie, et l’invisible devient un bon prétexte ».

Intérêt renforcé par la perte de religiosité

Cette fascination n’est-elle pas étonnante dans une société très sécularisée ? La perte de religiosité serait paradoxalement un facteur déterminant, comme le souligne le père Jean-François Meuriot : « Pour des générations qui connaissent moins ce langage religieux, ces symboles deviennent plus effrayants, voire” exotiques” ». Crucifix, eau bénite, prières en latin, le public est de manière générale moins familier avec ces usages, « cela explique aussi en partie la fascination pour les films d’exorcisme : ils reprennent des symboles forts, que l’on comprend mal, mais qui continuent de frapper l’imagination. »

Quand la religion décline, l’occulte connaît un fort regain d’intérêt constate le père Jean-Christophe Thibault. Ce phénomène révèle selon lui « une crise religieuse plus qu’une crise spirituelle », comme il l’affirme, « quand la foi institutionnelle traverse une période de fragilité, il y a toujours un regain de mentalité magique » Si ces récits nourrissent l’imaginaire collectif, « c’est parce qu’ils finissent par s’ancrer dans une réalité de demandes bien réelles ».

Alors que ces films d’horreur rencontrent toujours un grand succès, plus de 300 prêtres exorcistes se sont réunis du 15 au 20 septembre, près de Rome, pour le congrès de l’Association internationale des exorcistes (AIE). Dans un message, Léon XIV les a encouragés dans ce ministère, « aussi délicat que nécessaire ». Les pères Jean-François Meuriot et Jean-Christophe Thibault constatent en effet une recrudescence de demandes d’exorcismes, particulièrement depuis la pandémie. Pour Jean-Christophe Thibault, les films d’exorcisme ne « créent pas le phénomène : ils en sont plutôt le reflet. » Dans un climat de perte de sens, le monde de l’invisible serait plus attirant, et quelque part, rassurant.

La bande-annonce d’un nouveau film d’épouvante, prévu pour 2026, qui devrait susciter la controverse, a récemment été mise en ligne : The Carpenter’s son, avec Nicolas Cage qui fait clairement référence à l’enfance de Jésus, qui serait possédé par d’obscures forces. Un dernier exemple de la fascination du cinéma pour les références chrétiennes et l’exorcisme.

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