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Yves Gérard, prêtre exorciste : « On peut se dire qu’il y a des manifestations de l’esprit du mal »

Dans chaque diocèse officie un prêtre exorciste. À Verdun, le père Yves Gérard occupe cette fonction depuis trois ans. Il reçoit des personnes en souffrance et dont la vie commence à mal tourner. Souvent, il est le dernier recours et s’attelle à sa tâche avec bienveillance et lucidité.

Frédéric Plancard – 04 nov. 2025 à 06:15 – https://www.estrepublicain.fr/societe/2025/11/03/yves-gerard-pretre-exorciste-je-suis-le-dernier-recours

Père Yves Gérard : « Aucun exorcisme ne ressemble à un autre ».  Photo Frédéric Plancard
Père Yves Gérard : « Aucun exorcisme ne ressemble à un autre ».  Photo Frédéric Plancard

« L’exorciste, c’est l’évêque lui-même ». Mais il délègue cette charge. Yves Gérard , 78 ans, exerce cette fonction au sein du diocèse de Verdun depuis trois ans, au moment de sa retraite. Pour y accéder, le curé doit avoir « un certain nombre de qualités humaines et ecclésiales », confie-t-il. Voilà plusieurs années que la Meuse n’avait pas d’exorciste. C’était donc celui de Metz « qui prenait en charge notre diocèse ». Mgr Gusching « m’a demandé. J’avais une pierre d’attente en moi. Plus jeune, je me suis beaucoup occupé de sectes ».

Exorciste. Des images arrivent immédiatement. Son domaine d’activité est large : « Le satanisme, l’occultisme, l’ésotérisme, la magie, la sorcellerie… et les phénomènes paranormaux ». Ceci posé, « les gens viennent nous voir quand ça commence à mal tourner dans leur vie, quand il y a des choses qui se déglinguent : la santé, le professionnel, la vie de couple… Il y a un mal-être et ils ne voient pas d’où ça vient ». L’enquête commence alors. « Parfois je demande à voir le lieu de vie » dans lequel se déroulent « des choses anormales : des bruits, des courants d’air froids, des traces sur le sol… »

« On m’a dit qu’on m’avait jeté des sorts »

Il leur demande également « ce qu’ils vivent, s’ils ont touché à l’occultisme, à la magie, à la sorcellerie… Très souvent il y a dans leur vie, sinon eux, des parents, des grands-parents qui ont touché à des pratiques de spiritisme » ou ont eu contact « avec la cartomancie, la chiromancie, parfois la nécromancie ». Et puis, « je vais les écouter et je leur demande s’ils ont consulté médecin, guérisseur, psychologue, psychiatre, psychanalyste… J’arrive en bout de course, je suis le dernier recours ». Il est aussi « attentif aux animaux, chats ou chiens, que vous ne ferez pas entrer dans une pièce ».

Bien sûr, si on admet l’existence de Dieu, on admet celle du Diable. D’ailleurs « on m’a dit qu’on m’avait jeté des sorts », après un exorcisme. « Un ou deux mois après, j’ai fait un épuisement physique, j’ai mis un an à remonter ». Bon, le père Gérard a simplement répondu que « je suis chrétien, baptisé, confirmé, diacre et prêtre, l’Esprit Saint est plus fort. C’est ma réaction profonde, mais ça ne veut pas dire que j’élude totalement les gens qui manient les sorts, les philtres… J’écoute et je recoupe avec le rationnel ».

Quand toutes les pistes ont été déblayées, « on peut se dire qu’il y a des manifestations de l’esprit du mal » qu’il découpe en plusieurs catégories : la tentation, l’infestation (sentiments de présence, phénomènes inquiétants…), l’obsession, le phénomène de haine et la possession, « le plus haut degré. La personne est habitée et n’est plus maître chez elle ».

Yves Gérard poursuit : « Dans toute la Bible, il y a des démons. À l’époque du Christ, on ne fait pas la différence entre toutes les manifestations bizarres dont l’humain est victime. Aujourd’hui, on met des mots. Quand j’ai des cas difficiles, je les analyse avec un médecin généraliste et un psychiatre ».

« Renoncez-vous au mal ? »

Mais alors, que fait-on ? « On ferme les portes et on coupe les liens, on ne donne plus accès à son intériorité. C’est un prérequis qui peut prendre plusieurs mois. La deuxième chose, c’est mener une vie saine et puis je demande : où en êtes-vous de la foi ? » Un pack en quelque sorte : « Le corps, l’âme et l’esprit, tout ça doit marcher ensemble. Chez beaucoup de gens, c’est déséquilibré. Et surtout, ne pas être seul. Il faut avoir un interlocuteur ».

Viennent aussi les exorcismes proprement dits. « Dans le rituel du baptême, il y a un exorcisme quand on demande : renoncez-vous au mal ? », précise Yves Gérard. « Nous avons trois prières : de protection, de libération et de guérison ». Et puis, il y a « l’exorcisme majeur », avec « prières, lecture de passages de l’Évangile où Jésus exorcise, imposition de la croix, signe de croix, eau bénite… »

Et que se passe-t-il ? « Il y a des gens qui restent placides, d’autres qui se roulent par terre proche de haleter, de baver et qui ne sont vraiment pas bien, d’autre qui fondent en larmes. Je suis plutôt rationnel et il faut voir le retentissement psychologique, les simulacres, c’est très difficile à discerner vraiment. Aucun exorcisme ne ressemble à un autre ».

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